Biographie de Safy Boutella - Safy Boutella

 

Des rythmes lourds, graves, à ciel ouvert ; la transe, les riffs de guitares saturées, les quatuors à cordes, le clavier compulsif, ultra-sensible… Entre Orient et Occident, jouant autant sur le lyrisme classique que sur la fureur du rock et du jazz, l’univers de Safy Boutella est multiple, et unique. Compositeur, musicien, chanteur, conducteur d’orchestre, arrangeur, illustrateur de fictions, initiateur de fêtes…, l’artiste défriche les sentiers et trace des routes.

En 1987, il s’empare du raï qu’il propulse à l’international avec Khaled dans l’album Kutché, considéré comme l’un des 100 meilleurs disques du XXe siècle. Safy Boutella convoque la tradition et épouse le mystère, à l’écoute de la splendeur et de la fureur du monde, tel un génie possédé. Mejnoun (le fou, le possédé), album salué par la critique comme l’un des 10 meilleurs albums jazz de 1992, est la clé de son œuvre et initie un jazz maghrébin qui fera des émules.

Une décennie plus tard, il explore la terre des touaregs, investissant patiemment leur transe jusqu’à la mettre en scène, en 2001, dans une fresque grandiose La Source. En 2011, il revisite le répertoire mythique du groupe marocain Nass el Ghiwane lors d'une création réalisée pour le dixième anniversaire du Festival marocain Mawazine, à Rabat. Et, depuis toujours, le cinéma pour lequel il compose plus de soixante-dix musiques de film, pour de grosses productions ou des premiers films.

Car au-delà de sa musique, Safy Boutella s’investit dans un échange constructif avec les jeunes. Récemment, sa participation au jury de l'émission algérienne « Alhan Oua Chabab » et aux premiers « Algerian music awards 2014 », en qualité de Président de cérémonie, traduit son investissement continu en faveur de la musique et de la culture pour tous, avec exigence et amour.

 

Son oreille s’ouvre dès l’enfance. Bercée par l’œuvre d’Oulm Kheltoum et de Saleha que chante sa mère dans la maison tunisienne, et affûtée par la mélomanie de son père qui fait résonner Beethoven dès qu’il rentre de la guerre. Nous sommes en 1960, l’artiste à 10 ans et l’Algérie s’apprête à conquérir son indépendance. Mais c’est à quinze ans qu’il vit son premier choc musical en tombant par hasard, à Batna, sur le disque A modern world de Bob Graettinger, dirigé par Stan Kenton. Certes, le propos est ardu et les sonorités complexes, mais ces dissonances révèlent à l’artiste le vaste champ des possibles.

Il décide de plonger dans ce vaste océan à la fin des années soixante-dix. Après avoir suivi le cursus complet du Berklee College of music de Boston, il rentre au pays et commence son activité professionnelle en composant des musiques de films (plus de quatre-vingt aujourd’hui pour la télévision et le cinéma maghrébin et international) . En 1981, il s’auto-produit dans des concerts de fusion mémorables, à la salle Atlas par exemple. En 1984, il signe sa première création musicale évènementielle avec Actions musicales pour une pensée majeure qui réunit un orchestre symphonique, des musiciens traditionnels touaregs et une chorale de 170 chanteurs.

Peu après, en 1987, il s’engouffre dans les nuits algériennes et ses cabarets, à la recherche des vibrations de sa terre. « Le raï, je l’ai vécu comme un cri, comme le blues de notre peuple », dira l’artiste. Il rencontre le jeune Cheb Khaled et décide de l’embarquer dans sa frénésie pour produire et enregistrer Kutché, à Alger, Paris et Londres, avec l’aide du Colonel Senoussi et de Martin Meissonnier. Malgré l’immense succès de l’album, Safy Boutella se détourne des chemins de la réussite commerciale, à la recherche de son propre son.

1988. Le peuple algérien gronde, porté par une jeunesse frustrée, démunie et affamée de perspectives. En 1992, le film Automne, Octobre à Alger, du réalisateur Malik Lakhdar-Hamina en est une percutante illustration et voit l’artiste se prêter au jeu d’acteur et, surtout, signer une poignante bande originale. Safy Boutella veut crier ce désarroi. Alors que commence la Décennie noire, il compose Mejnoun et embarque dans son sillage de jeunes musiciens algériens comme le batteur Karim Ziad et le bassiste Youcef Boukella. Il réunit également le guitariste N’Guyen Lê, le batteur Mokhtar Samba, le violoniste Dominique Pifarély, le percussionniste Nana Vasconcelos, pour enregistrer son disque dont la production est délocalisée en France. L’artiste portera cette musique à l’international dans une tournée qui le mènera en France, où il réside depuis, en Belgique, au Canada et aux Etats-Unis.

En 1993, l’artiste regagne son pays et repart à nouveau voir les touaregs du grand Sud, de Djanet à Tamanrasset. De nombreux voyages et séances de travail s’en suivent et aboutissent en 2001 à La Source, fresque mettant en scène un enjeu contemporain majeur: le partage de l’eau à travers la nécessaire réconciliation des peuples et de leurs oppresseurs. Fort de ce succès, on lui confie en 2002 la réalisation d’un spectacle célébrant le quarantième anniversaire de l’Indépendance de l’Algérie, Watani.

Trente ans de carrière ! L’artiste les fête au Théâtre de Verdure d’Alger en revisitant en 2007 son répertoire lors de deux concerts-évènements Zarbot’, du nom de la toupie avec laquelle il jouait jadis et que les enfants de la Casbah continuent de faire tourner). Il invite ainsi ces enfants à se « produire » sur scène, aux côtés de certains des grands artistes dont il a arrangé des albums ou qui ont collaboré sur ses projets : Khaled, Djamel Allam, Abdy, Selma Kouiret, la soprano Fadela Chebbab, et la troupe de danseurs Hip-Hop de Habib Tata. Les morceaux Mejnoun, Orient, Chebba, La Camel, Watani, Djawhara prennent une nouvelle dimension. Se produit également sa fille Sofia Boutella, ange de La Source et surtout l’une des meilleures danseuses mondiales signée par Madonna, Rihanna, Jamiroquaï et débauchée par Michael Jackson, quelques semaines avant qu’il ne disparaisse. En 2009, ce répertoire est rejoué lors d’une tournée en Algérie organisée dans le cadre du Festival Panafricain d’Alger ou encore lors de la clôture du Doha Film Institute en 2012.

Aujourd'hui, alors que l’artiste travaille à la réalisation de son prochain opus, il œuvre pour que se réalise un projet qui lui tient à particulièrement à cœur, celui de créer une école de musique diplômante à Alger, ouverte aux jeunes de nombreux pays. D'une part, l'artiste a toujours répondu présent pour contribuer aux réflexions culturelles (en 1984, il réalise par exemple pour le compte du Ministère de la Culture, avec la musicologue Nadia Mecheri, un rapport sur la situation musicale et chorégraphique de l’Algérie). D'autre part, il s'est rapidement investit dans un échange constructif avec les jeunes. Dès les années 1980, il sillonne les universités algériennes pour présenter son métier en insistant sur les valeurs de rigueur et de travail qui président à son activité. Il poursuit cette « intrusion » en milieu scolaire tout au long de sa carrière que cela soit pour un public d'étudiants ou d'élèves d'écoles primaires. Aujourd’hui encore, sa proximité et son sens de la responsabilité vis-à-vis de la jeunesse le conduisent à composer des musiques de films pour des cinéastes débutants, arranger les morceaux de musiciens en herbe, mettre en avant de jeunes danseurs…

Thank for sharing!
TZ_GOOGLE_PLUS_SHARE_SETTINGS="http://safyboutella.com/index.php/biographie"